Cette exposition évolutive s’inspire des grands spectacles ambulants. Une installation qui s’érode au fil des présentations, telle une migration arrivée depuis longtemps à son terme mais qui, s’anime encore d’une énergie presque résiduelle. Un théâtre chaotique qui cherche à reprendre vie pour une ultime représentation malgré l’enchevêtrement végétal le recouvrant, telle une jungle colonisant les ruines d’une cité perdue.
En assumant ainsi l’usure de l’œuvre, et sa réparation/reconfiguration, André Lemire cherche à embrasser pleinement cette nature éphémère, dans un processus additif où rien ne se perd. L’objet semble ainsi développer au fil du temps et des présentations une personnalité qui lui est propre et vouloir prendre vie, respirer même parfois, sans toutefois y arriver complètement.
L’artiste André Lemire aborde sa pratique artistique en faisant cette observation.
Si, en traversant un boisé ou un terrain vague, vous prenez le temps de vous arrêter, de vous pencher, et de regarder la nature de près, vous constaterez que rien de ce qui nous entoure n’est en parfaite condition. Les brins d’herbes sont brulés par le soleil ou mangés par des insectes. Les insectes portent des parasites ou sont malades. Les branches sont cassées, les buissons jaunissent par manque ou par excès d’eau. Tout, absolument tout ce qui vit est brisé, usé, malade ou altéré. Rien n’est intact, rien n’est parfait. De ce chaos apparent nait un monde en perpétuelle évolution, un brassage d’organismes en quête d’un inatteignable équilibre. De ce déséquilibre nait le mouvement.
Par l’approximatif et l’anti-performance, la pratique de l’artiste André Lemire se veut une réponse à la course à l’expérience esthétique dont nous sommes aujourd’hui témoins, exposés comme jamais à un volume gargantuesque de productions culturelles. Il s’intéresse à l’antithèse de la haute technologie et il cherche à expérimenter la fragilité de l’expérience humaine individuelle et collective par la fragilité de la matière. C’est ainsi que l’objet « bricolé », analogique et artisanal, lui semble plus pertinent que jamais.